CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
14 avril 2016L'ingrédient du mois

Le phénoxyéthanol (EGPhE) Ajouter à mon portfolio
fonctionnalité réservé aux abonnés pro
voir nos formules d'abonnement

On le connaît pour faire polémique quant à sa sécurité d’utilisation, pour apparaître sur de nombreuses étiquettes de cosmétiques derrière la mention "sans"… "Sans phénoxyéthanol" est donc un argument de vente… mais sait-on toujours pourquoi ? Le point sur cet ingrédient décrié… mais toujours très utilisé.

Temps de lecture : ~ 7 minutes

Le phénoxyéthanol est un conservateur antibactérien appartenant à la grande famille des éthers de glycol, comprenant environ 80 substances chimiques, aux caractéristiques et propriétés toxicologiques très diverses.
L’industrie cosmétique en utilise principalement de deux origines :
• les dérivés de l'éthylène glycol (dits éthers de type E)
• les dérivés du propylène glycol (dits éthers de type P)
Dans les produits d’hygiène et de beauté, on n’en trouve que quatre, tous de type E.

Peu volatils et d’odeur neutre, les éthers de glycol sont principalement utilisés en tant que solvants, notamment dans les colorations pour cheveux.
Le phénoxyéthanol, lui, est employé principalement comme conservateur, cette fois dans toutes les catégories de cosmétiques.

Nombre d’éthers de glycol sont fortement toxiques et leurs effets, notamment pour les personnes qui y sont largement exposées dans leur milieu professionnel, sont parfois terribles. L’exposition à ces substances est ainsi liée à des stérilités, anomalies de la durée ou de la régularité des cycles menstruels, difficultés à concevoir, avortements spontanés, toxicité pour l’embryon, malformations congénitales…
Et leur potentiel nocif est d’autant plus important qu’ils sont absorbés très facilement par la peau, particulièrement lorsqu’ils se présentent sous forme liquide (ce qui peut être souvent le cas pour les cosmétiques).

Plaintes et procès ont contribué à placer le débat sur la toxicité des éthers de glycol sur la place publique et les autorités sanitaires n’ont pu que s’emparer du problème.
En mars 2005, une communication du Ministère de la santé précise qu’"il est important de savoir que les éthers de glycol possèdent des caractéristiques mais surtout des propriétés toxicologiques très diverses et (que) seuls certains dérivés ont une toxicité sur la reproduction mise en évidence chez le rongeur et sont susceptibles d’entraîner un risque pour l’homme".
En fait, il apparaît que les éthers de la série E provoquent la formation de composés toxiques dans l’organisme alors que ceux de la série P seraient rapidement éliminés par la respiration. Déjà en 2000, au niveau européen, la Commission de sécurité des consommateurs s’était prononcée pour une substitution complète des premiers par les seconds ou par d’autres substances équivalentes et ne présentant pas de risques.

Interdictions et restrictions

De fait, les éthers de glycol de la série E ont été peu à peu mis à l’index : quatre d’entre eux sont interdits en 1999, puis trois autres encore en 2003 et 2004.
Les quatre encore utilisés en cosmétique ont bénéficié ces dernières années des validations successives des autorités sanitaires, au motif que la toxicité de ceux-là n’avait pas été démontrée, même si des études complémentaires étaient en cours pour l’apprécier justement.
Seule l’utilisation du phénoxyéthanol se voyait assortie d’une concentration maximale autorisée dans le produit fini de 1 %. Le même type de réglementation était pourtant évoqué pour les 3 autres.

Le 4 février 2009, après nouveaux avis de la Commission de sécurité des consommateurs, devenue entre temps le Comité scientifique des produits de consommation (CSPC), puis le Comité Scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC), une Directive européenne réévalue, pour deux d’entre eux, les conditions d’emploi jugées comme ne présentant pas de risques pour la santé :
• Le Butoxydiglycol (DEGBE) n'est plus autorisé en tant que solvant pour colorant d'oxydation pour la coloration des cheveux qu’en concentration maximale de 9 % dans le produit cosmétique fini, et il est interdit dans les aérosols et atomiseurs.
• Le Butoxyethanol (EGBE) n’est plus autorisé en tant que solvant pour colorant d'oxydation pour la coloration des cheveux qu’à hauteur de 4 % maximum et en tant que solvant pour colorant non oxydant pour la coloration des cheveux qu’à hauteur de 2 % maximum du produit fini. Dans les deux cas, la substance est également interdite dans les aérosols et atomiseurs.
Ces nouvelles dispositions sont applicables à compter du 5 novembre 2009.

Aucun changement en revanche pour le phénoxyéthanol (EGPhE), pourtant le plus couramment employé des éthers de glycol de la série E dans les cosmétiques, et dont la toxicité potentielle fait toujours l'objet d'études… et l’utilisation de polémiques.

Le phénoxyéthanol a un potentiel allergisant. Si des concentrations jusqu’à 10 % ne provoquent pas d’effet irritant, plusieurs cas de sensibilisation cutanées (eczémas et urticaires) ont été rapportés, le plus souvent en rapport avec une utilisation régulière dans les cosmétiques.

Selon la fiche toxicologique publiée par l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) en 2008, le phénoxyéthanol, facilement absorbé par voie cutanée et métabolisé en acide phénoxyacétique (éliminé essentiellement dans l’urine), peut induire des effets neurotoxiques et des troubles neurologiques peuvent être observés, notamment en cas d’expositions à des doses importantes en milieu industriel.
De son côté, dans une évaluation de la sécurité effectuée en 2012, l'ANSM a conclu à une marge de sécurité acceptable chez l'adulte mais insuffisante chez les enfants de moins de 3 ans. L'Agence recommande donc de nouvelles restrictions de l'utilisation de ce conservateur dans les produits cosmétiques qui leur sont destinés.
Suite à cette évaluation de l'ANSM, une nouvelle évaluation de la sécurité de ce conservateur a été menée au niveau européen : le 16 mars 2016, les experts ont conclu qu'il était sûr à la concentration maximale actuellement en vigueur, et pour tous les consommateurs, quel que soit leur âge. Si on en reste là, sa réglementation ne devrait donc pas changer.

Le phénoxyéthanol fait partie des ingrédients cosmétiques limités en concentration par la réglementation européenne : il ne doit pas dépasser un pourcentage de 1 % du produit cosmétique fini.
Il est interdit d’utilisation dans les cosmétiques souscrivant aux critères des chartes des cosmétiques écologiques et biologiques (Ecocert, Cosmébio, Nature & Progrès, Cosmos, NaTrue, BDIH…).

© L'Observatoire des Cosmétiques

Tous les articles (90)