samedi 7 avril 2012L'ingrédient du mois

La kératine

undefined

Elle est devenue quasi incontournable des soins capillaires, et on ne compte plus les shampooings, après-shampooings, masques ou sérums "à la kératine". Elle est à la base des lissages brésiliens, se montre aussi dans quelques soins de la peau et plus fréquemment, des ongles… Mais qu’est-ce exactement que la kératine ? D’où vient-elle et que fait-elle ? Voyage dans le cœur fibreux d’un actif en vogue.

Temps de lecture
~ 8 minutes

La kératine est une protéine, hélicoïdale et fibreuse, constituée de longues chaînes d’acides aminés soufrés (principalement cystéine et méthionine).

De la kératine à toutes les extrémités

La kératine est synthétisée naturellement par de nombreux êtres vivants, notamment les mammifères, hommes et bêtes. C’est l’élément commun de tous les phanères, c’est-à-dire de toutes les productions externes des cellules épidermiques : elle est ainsi présente dans les griffes, cornes, becs ou sabots d’animaux, dans la peau, les ongles, les poils et les cheveux humains qu’elle constitue, pour ces derniers, à hauteur de 95 %.

On distingue deux sortes de kératines, en fonction de leurs structures :
• de structure cohérente, la kératine "dure", très "soufrée", forme les ongles, les poils, les cheveux,
• de structure plus souple et à la teneur en soufre moindre, la kératine "molle" se trouve principalement au niveau de l’épiderme.

Ses fibres s’orientent également différemment selon les structures qui la contiennent :
• dans les poils et les cheveux, elles sont alignées sur un axe vertical, et sont scellées les unes aux autres par des molécules de soufre réparties de façon latérale et nommées les ponts disulfures, ce qui donne cohérence et rigidité à l’ensemble,
• dans les ongles, elles sont disposées transversalement,
• dans la couche cornée de l’épiderme, elles se répartissent en sens divers.

Kératine : la vie d’une substance morte

Chez l'homme, la kératine est produite par les kératinocytes, cellules de la couche profonde de l'épiderme.

Au niveau de la peau, suivant un processus permanent et continuel, les cellules épidermiques évoluent vers la surface au fur et à mesure de leur remplacement par de nouvelles cellules. Là, elles se dessèchent, durcissent et s’épaississent, puis meurent, créant la couche cornée qui desquame et est éliminée naturellement. Cette cornification s’accompagne de l’apparition de la kératine.

Le bulbe du cheveu, constitué de cellules en tous points identiques, connaît la même évolution. Les "vieilles" cellules, dirigées vers la surface pour faire la place aux nouvelles, sont "poussées" vers l’extérieur pour former le cheveu. Celui-ci est ainsi un amas de cellules kératinisées, autrement dit… de cellules mortes.
Mortes, mais qui forment une matière souple et qui semble vivante, et pas forcément inaltérable…

À noter aussi que nous ne sommes pas tous égaux en ce qui concerne la production de kératine. Dépendante de spécificités génétiques et ethniques, elle forme des fibres qui peuvent être plus ou moins épaisses, plus ou moins souples… ce qui explique que les cheveux asiatiques sont généralement moins fins et plus rigides que les cheveux occidentaux !

La kératine à la fibre talentueuse

Ça n’a l’air de rien, comme ça, une protéine fibreuse riche en acides aminés, mais la kératine a de multiples propriétés, dont certaines particulièrement intéressantes, y compris pour notre beauté.

Hydrophile
Elle aime l’eau. Elle l’attire et elle s’en gorge comme une éponge quand l’occasion est là. Elle peut en absorber jusqu'à 40 % de son poids.
Si la peau peut s’en réjouir et y gagner en hydratation, certains cheveux apprécient moins les changements de coiffure qui accompagnent une ambiance humide… surtout s’ils sont sujets aux frisottis. Mais ils peuvent s’en trouver dotés d’un très beau volume aussi.

Élastique
Hélicoïdales, les fibres de kératine s’enroulent les unes autour des autres, un peu comme un ressort. Avec le même effet : on peut tirer sur les cheveux (pas trop fort !) sans les casser : ils se contentent de s’allonger un peu… avant de reprendre leur longueur initiale dès que la traction disparaît.

Résistante, mais malléable
De structure forte (en plus d’être élastique), la kératine se rompt difficilement. Mais elle accepte en revanche volontiers de changer de forme, au moins temporairement, par exemple sous l’effet de la chaleur : c’est tout le principe du brushing d’imposer une boucle ou un lissé à l’aide d’une brosse et de le fixer par la chaleur du séchoir.

Facteur de brillance
Une kératine sans problème et bien constituée permet aux écailles du cheveu de s’organiser en une surface parfaitement uniforme et lisse… qui peut réfléchir efficacement la lumière et donner un aspect brillant au cheveu. À l’inverse, si les écailles sont moins bien soudées, celui-ci paraîtra terne et "fatigué".

La kératine au service de la cosmétique

La cosmétique sait être opportuniste, et utiliser à son profit les propriétés de la kératine.

Kératine colorée
La couleur naturelle de la kératine (votre teinte de cheveu) peut ainsi être modifiée, grâce à ses propriétés hydrophiles. Il s’agit "simplement", une fois les écailles écartées à l’aide d’un produit alcalin pour ouvrir le passage jusqu’à elle, de la gorger d’une teinture liquide de la teinte désirée. Puis de refermer les écailles pour piéger cette dernière dans les fibres. Résultat garanti… jusqu’à l’arrivée de nouvelles cellules kératinisées, et la nécessité de "refaire les racines".

Kératine déformée
On sait aussi travailler sur la malléabilité de la kératine pour modifier la forme du cheveu de façon un peu plus prolongée que ne le permet un simple brushing. Défrisages, permanentes et lissages en sont les exemples parfaits.
L’opération consiste à briser les ponts disulfures qui assurent la cohésion des fibres de kératine, ce qui fait perdre toute forme au cheveu. Il suffit alors de leur imposer celle qu’on désire, puis de "ressouder" les ponts. Beaucoup de chimie assez agressive est nécessaire pour réaliser ces différentes opérations, qui peuvent fragiliser, et surtout si elles sont répétées régulièrement, fragiliser la kératine, jusqu’à rendre les cheveux ternes et cassants.

La kératine, actif cosmétique

On peut agir, et de manière assez courante, sur les propriétés de la kératine endogène (celle qui est présente naturellement dans notre organisme). Mais la cosmétique ne s’arrête pas là. Elle propose aussi, et de plus en plus souvent, notamment dans les produits de soins des ongles et des cheveux, d’en apporter de l’extérieur. Mais la kératine exogène (celle qu’on apporte de l’extérieur) a-t-elle les mêmes intérêts que celle qu’on se fabrique nous-mêmes ?

La kératine marketing
Les argumentaires qu’on lit sur les étiquettes vantent les merveilles que peut faire la kératine (brute ou plus souvent hydrolysée) dans les produits cosmétiques : nourrir, reconstituer la fibre capillaire, la réparer, hydrater, adoucir, fortifier… Faut-il les croire ?
Renseignements pris… pas exactement à la lettre.

C’est que cette molécule assez importante en taille n’a aucune chance de passer au travers de la barrière cutanée, ni de pénétrer à l’intérieur d’un cheveu dont les écailles sont bien alignées… Son effet, uniquement de surface, se limite à un gainage de la fibre capillaire, à la formation d’une pellicule sur l’ongle ou à une protection externe de la peau, de type filmogène. On est un peu loin des promesses affichées, même si l’intérêt purement cosmétique est toujours là…
Ce que la kératine peut faire en revanche, et avec un certain intérêt, mais seulement dans certains cas, c’est libérer ses acides aminés, qui peuvent alors venir enrichir le tissu cutané pour l’aider à se régénérer.

La kératine animale
Et d’où vient cet actif cosmétique, quand il est intégré dans nos formules ?
Les étiquettes nous disent parfois qu’il est d’origine naturelle. Ce qu’il faut comprendre comme : extrait traditionnellement des cornes et sabots des animaux d’abattoirs, plus fréquemment aujourd’hui des plumes des volailles d’élevage…
Cette kératine-là, évidemment, on ne la trouve pas dans les cosmétiques labellisés bio, qui s’interdisent les ingrédients extraits d’animaux.
La laine de mouton est parfois proposée comme source de kératine "bio"-compatible (on peut l’obtenir sans tuer ni faire souffrir l’animal dont on la tire), mais son usage est encore assez peu répandu.

La phytokératine
L’actif étant tendance, des alternatives ont été cherchées à la kératine animale. Et on pourrait ainsi aussi l’obtenir de source végétale. Cette phytokératine est en fait un complexe de protéines de blé (gluten), de soja et de maïs.

Pas inintéressant puisque sa composition en acides aminés et le dosage de ces derniers sont assez proches de ceux qu’on observe dans nos ongles et nos cheveux. L’apport extérieur peut donc avoir, sous cet angle, le même intérêt que celui de la kératine animale.
À cela près que cette phytokératine n’a pas la même structure moléculaire, et qu’elle ne permet pas, elle, l’effet gainant-durcisseur qu’on peut exploiter chez la "vraie" kératine.
Mais nul doute que le "keratin-like", aujourd’hui en vogue et vendeur, a encore de beaux jours devant lui !

© 2012- 2021  CosmeticOBS

L'ingrédient du moisAutres articles